Oloron Sainte-Marie, bonne élève de l'emploi

Le quotidien Le Parisien - Aujourd'hui en France a récemment consacré un dossier aux villes qui résistent le mieux au chômage. Sur la période de 2008 à 2016, Oloron Sainte-Marie est classée 2ème. Décryptage avec Magali Arslanian, directrice de l'agence locale Pôle Emploi.

(Nous diffusons ici la totalité de l'interview qui apparaît en partie dans le magazine municipal daté de décembre 2016, en distribution à compter du 9 décembre). 

Une augmentation de 1,2 points de chômage entre 2008 et 2016, comme le relève l'article du Parisien, cela vous paraît-il en effet une excellente nouvelle pour le territoire ?
"D’après l’INSEE, au sein du département, la hausse est de +2,4 points pour la zone de Pau et +2,5 points pour la zone de Bayonne.
Au niveau de la région Nouvelle-Aquitaine, la hausse est de 3,1 points sur la même période.
Au sein même de la grande région, la zone de Villeneuve sur Lot affiche la plus forte hausse (+4,3 points) ; à l’inverse, la zone d’Oloron détient en effet la position la plus favorable de la région."

Cette augmentation très modérée cache-t-elle des différences entre secteurs ? Y a-t-il des secteurs d'activités ou le chômage a beaucoup augmenté ? Ou au contraire carrément régressé ? 
"En observant l’évolution du nombre d’inscrits à Pôle emploi par ancien domaine d’activité, nous constatons que ceux issus du secteur industriel sont aujourd’hui moins nombreux à être inscrits qu’en 2008. A l’opposé, les personnes qui exerçaient dans le secteur de la construction, du bâtiment et des travaux publics sont aujourd’hui plus nombreuses à faire face au chômage.
Ces éléments doivent être mis en corrélation avec l’activité économique qui explique l’évolution du chômage par secteurs d’activité et qui peut laisser entrevoir quelques évolutions sur la structure de l’emploi sur le territoire.
Ce que nous pouvons dire c’est que les DPAE (Déclarations Préalables A l'Embauche) augmentent favorablement sur notre territoire même si l’industrie et le transport accusent depuis 2 ans consécutifs une baisse. Cette baisse est cependant largement compensée par une augmentation de l’activité intérimaire (+12,1%). Nous constatons effectivement une reprise de l’activité intérimaire conséquente qui ne cesse de s’accroitre sur la période. Ceci dénote de toute évidence de nouvelles modalités de recrutement des entreprises qui s’engagent en matière de recrutement en fonction de leur carnet de commandes et sont frileux pour du recrutement immédiatement en contrat de longue durée ou CDI.
Nous constatons également que des territoires sont de plus en plus visés par l’emploi intérimaire tel que le secteur de Mauléon Licharre.
Pour faire face à cette transformation du recrutement local, le Pôle emploi d’Oloron a signé une convention de partenariat avec chaque agence d’intérim sur le territoire en 2016 : ranstad –proman-manpower-bps-adecco… L’objectif : identifier les publics susceptibles de pouvoir occuper les emplois proposés et ceci autant que possible en amont de l’expression des besoins… Notre volonté est d’être en anticipation des besoins et en capacité de former les demandeurs d’emploi aux métiers proposés. Par ailleurs, la structure de la population active nous indique une augmentation de +8,8% des 55 à 64 ans. Nous allons donc devoir faire face à des vagues de départs à la retraite dans les prochaines années. Pole emploi dans sa mission d’accompagnement au recrutement sensibilise l’ensemble les employeurs du territoire à cette problématique… Nous conseillons à chaque entreprise de réaliser une pyramide des âges afin de pouvoir anticiper. Former les Demandeurs d’emploi d’aujourd’hui pour être les salariés de demain pour conserver la dynamique observé sur le territoire est importante. C’est l’une des missions essentielles des conseillers Pôle Emploi en collaboration avec l’ensemble des acteurs. Nous développons le maximum de partenariats à cette fin nous permettant de mettre en place des actions d’intermédiation  pour favoriser le rapprochement permanent entre les offres d’emploi d’aujourd’hui mais aussi celles de demain :
- Pour sensibiliser les demandeurs d’emploi aux métiers qui recrutent à court moyen ou plus long terme : Forum de l’apprentissage en partenariat avec La Mission locale – la Région et la Chambre des métiers ; Forum de la formation en partenariat avec la Région ; Convention de partenariat avec des entreprises locales qui s’engagent à faire découvrir des métiers aux demandeurs d’emploi en transition professionnelle : convention avec Batit service dans les métiers du bâtiment ; etc.
- Pour faciliter l’intermédiation sur les offres : Forum de l’emploi saisonnier."

Pourquoi notre territoire a-t-il mieux résisté à la crise financière et économique ? Quels sont ses atouts ? Y a-t-il eu des raisons conjoncturelles à cela ?
"Coté demandeurs d’emploi, structurellement, les personnes inscrites à Pôle emploi au sein du bassin d’Oloron sont en moyenne plus qualifiés que dans le reste de la région. Il s’agit d’un atout lorsqu’il faut faire face à des transitions professionnelles."

Diriez-vous que les politiques locales en matière d'économie permettent d'attirer ou de maintenir les entreprises ?
"Nous n’avons pas à apprécier l’effet des politiques locales en matière d’économie. Cependant, nous travaillons en collaboration avec les différents services de développement économique des territoires pour faciliter le rapprochement de l’offre et de la demande et faciliter la mise en place des transitions professionnelles notamment sur la création d’entreprise (projet en cours). Différentes études en partenariat permettent aussi d’envisager des projets de territoire pour agir sur la demande d’emploi de longue durée ou la GPEC."

L'article du Parisien sous-entend que certains territoires ont un faible taux de chômage car ils sont à ce point peu attractifs qu'ils perdent de la démographie. Est-ce notre cas ? 
"Le constat est qu’en règle générale, l'attractivité d’un territoire a pour conséquence l'accroissement de sa population. Or, un actif qui trouve du travail dans ce territoire emmène avec lui son conjoint. Si ce dernier  est privé d’emploi alors il contribuera à augmenter le taux de chômage du territoire, territoire pourtant attractif !
D’après l’INSEE, la population totale a augmenté entre 2008 et 2013 de +0.4% entre 2008 et 2013 sur l’agence d’Oloron (contre 3,1% sur la même période en Nouvelle Aquitaine) (source INSEE).Nous n’avons donc pas perdu de démographie."

Les demandeurs d'emploi que vous suivez ont-ils conscience d'habiter une région où leur chance de trouver un emploi est plus forte ? Comment se comporte le chômage de longue durée ici ? Quelle est la durée moyenne de chômage ? Y a-t-il des disparités hommes/femmes ?
"En Nouvelle-Aquitaine, 44% des demandeurs d’emploi sont inscrits à Pôle emploi depuis un an ou plus. Sur le bassin d’Oloron, cette part est légèrement en deçà (43%).
Les femmes et les personnes âgées de plus de 50 ans sont plus concernées par le chômage de longue durée : c’est un constat régional, confirmé au niveau local.
Il n’y a pas d’étude à ma connaissance pour mesurer la conscience des demandeurs d’emploi sur le fait d’habiter un territoire où la chance de retrouver un emploi est réelle. Cependant nous œuvrons chaque jour en ce sens , et sensibilisons les demandeurs d’emploi qui n’ont pas forcément les compétences et les formations adéquates attendues par les employeurs à se former… Il n’est pas totalement acquis pour tous les demandeurs d’emploi qu’il est nécessaire de s’adapter et de se former pour satisfaire les besoins des entreprises. C’est un important travail  à l’accompagnement des transitions professionnelles qui est mené par les conseillers pour mobiliser et convaincre les Demandeurs d’emploi qu’une formation, une adaptation au poste est souvent nécessaire pour trouver du travail. Les chiffres le prouvent : la dernière étude concernant les demandeurs d’emploi qui sont sortis de  formation en  janvier 2016 ont à 72,2% d’entre eux retrouvés un CDI ou un CDD de plus de 6 mois."

 

Service rédaction, 09-12-2016 | Publié dans la catégorie Economie