La Ville prend soin de ses ponts

La catastrophe de Gênes en août 2018 a révélé les faiblesses de nombreuses infrastructures. A Oloron, la Ville prend soin de ses ouvrages d'art, qu'elle contrôle tous les 5 ans.

Il y a quelques mois, le SĂ©nat avait lancĂ© une mission d’information sur l’Ă©tat des ponts en France. Le rapport sĂ©natorial a Ă©tĂ© rendu le 27 juin 2019 et tire plusieurs conclusions. D’abord, on ne connaĂ®t pas le nombre prĂ©cis de ponts en France, entre 200 000 et 250 000, ce qui en dit long sur les « lacunes de la politique de surveillance et d’entretien » selon les sĂ©nateurs. Ensuite, 25 000 ponts sont en « mauvais Ă©tat structurel » et prĂ©sentent des risques. Enfin, la solution serait d’intensifier leur surveillance et les travaux, mais la baisse des dotations et des moyens accordĂ©s aux communes ne va pas dans ce sens.

Si le SĂ©nat pointe du doigt « l’ignorance totale » des collectivitĂ©s pour ce patrimoine, heureusement, Oloron connaĂ®t bien ses ponts. Et il faut dire qu’elle en compte beaucoup ! Il y a Ă  Oloron sainte-Marie 59 ponts, ponceaux et passerelles dont 17 seulement ne sont pas Ă  la charge de la ville (mais de l’État, du DĂ©partement, de la SNCF, de privĂ©s). Il reste donc 42 ponts qui sont de la responsabilitĂ© de la commune, qui doit en assurer le contrĂ´le et l’entretien.

En ce dĂ©but aoĂ»t 2019, cinq ponts font l’objet d’un diagnostic : il s’agit du pont Sainte-Claire et du pont de Forbeig sur le gave d’Aspe, du pont sur l'Escou Ă  Sègues, et du pont Noir et du pont Lavigne sur le Vert. Ces ponts ont Ă©tĂ© retenus car ce sont les plus gros ponts dont la ville a la charge, qui supportent le plus fort trafic routier. Il est donc essentiel de connaĂ®tre leur seuil de rĂ©sistance. 

Concernant le diagnostic du pont Sainte-Claire (en photo), le résultat sera connu dans quelques semaines, mais l'examen visuel semble bon et ne devrait pas nécessiter d'investigations complémentaires (mesures de poids, etc.). 

Historique du pont Sainte-Claire (ou pont Eiffel)
Le pont Sainte-Claire trouve son origine au XIXe siècle, lorsqu’il est question de lier le nouveau quartier de la gare avec l’ancien faubourg du Marcadet.
Il s’agit d’un pont routier Ă  structure mĂ©tallique.
C’est la Compagnie du Midi qui exige de la Ville « la construction d’une avenue d’accès avec pont sur le gave d’Aspe, Ă  l’emplacement de l’ancien couvent Sainte-Claire », ceci afin d’assurer une desserte directe de la gare.
Le 21 Novembre 1879, l’IngĂ©nieur La Rivière prĂ©sente son avant-projet. Il comprend : l’Ă©tude comparative d’un pont en pierre Ă  deux arches (26m d’ouverture chacune), Ă©valuĂ© Ă  320 000 Fr et l’Ă©tude d’un pont mĂ©tallique Ă  une seule arche de 50m, estimĂ© Ă  270 000 Fr.
L’IngĂ©nieur penche pour le pont mĂ©tallique, moins onĂ©reux et plus facile Ă  rĂ©aliser. Il parle d’expĂ©rience puisque dans le mĂŞme temps, il participe Ă  la construction du pont de chemin de fer pour la Compagnie Du Midi, projet pour lequel la solution coĂ»teuse d’un ouvrage en pierre est choisie.
Les discussions sont vives au Conseil Municipal. Les partisans du pont mĂ©tallique craignent que les violentes crues du gave d’Aspe n’endommagent le pilier du pont de pierre, entraĂ®nant la commune dans des dĂ©penses considĂ©rables et impossibles Ă  prĂ©voir. Les partisans du pont de pierre ripostent que l’entretien, notamment en frais de peintures, serait très onĂ©reux pour les finances municipales. Finalement la solution du pont mĂ©tallique est retenue, l’implantation et le tracĂ© des accès dĂ©terminĂ©s, et l’aide de l’État demandĂ©e et obtenue. En 1881, la ville met en adjudication la rĂ©alisation des culĂ©es en maçonnerie et des avenues d’accès. De son cĂ´tĂ©, l’État charge le CĂ©lèbre IngĂ©nieur Eiffel, constructeur Ă  Levallois-Perret, de fabriquer le pont Sainte-Claire.
La fonte est prĂ©fĂ©rĂ©e au fer, et l’ouvrage, qui ressemble au pont Sully, dernier construit Ă  Paris, bĂ©nĂ©ficie des plus rĂ©cents perfectionnements. Tous les arcs sont montĂ©s prĂ©alablement dans les ateliers du constructeur. Ces prĂ©cisions excluent que ce pont ait pu ĂŞtre achetĂ© d’occasion Ă  quelque ville, comme le prĂ©tend une tradition aussi tenace que lĂ©gendaire ! Les journalistes de l’Ă©poque mentionnent le pont comme Ă©tant inachevĂ© le jour de l’inauguration de la ligne, ouverte en 1883.
La multiplication des automobiles et surtout des poids lourds, Ă  partir des annĂ©es 1950, occasionnent des trĂ©pidations inquiĂ©tantes. En 1954, les Ponts et ChaussĂ©es proposent la rĂ©fection des culĂ©es dangereusement affouillĂ©es par les crues, et surtout le renforcement du pont mĂ©tallique. C’est alors qu’on adopte la solution, lourde mais robuste, d’un enrobage complet en bĂ©ton armĂ© de l’ossature mĂ©tallique qui transforme complètement l’aspect original du pont Eiffel !

 

Service rĂ©daction, 08-08-2019 | Publié dans la catégorie Divers